EDF, construction d’un bâtiment d’archives à Bure

EDF, construction d'un bâtiment pour les archives intermédiaires nationales de la Direction de la Production et de l'Ingénierie

Interview de Guy Andriambololo-Nivo, en charge, au sein de la Direction Immobilière (DIRIM), du pilotage des projets nationaux de travaux en immobilier tertiaire de la Direction Production et Ingénierie.

Comment ce projet de construction d'un bâtiment d'archives à Bure est-il né ?
GA : Dans le cadre du programme d'accompagnement économique de la Meuse et de la Haute Marne, EDF a décidé de centraliser à Bure la gestion de l'ensemble des archives intermédiaires de la Direction Production Ingénierie.
Ces archives, sous différentes formes (papier, microfilm...), sont stockées dans les Unités de Production Nucléaire, Hydraulique et Thermique, ainsi que dans les Unités d'ingénierie et de services associés. Elles sont non seulement dispersées sur plusieurs sites, mais aussi traitées de façon différente. Il s'avérait donc nécessaire de les regrouper pour en rationaliser et en optimiser le fonctionnement : tri, indexation, gestion et mise à disposition.

Quels sont les enjeux du projet ?
GA : Au-delà de la dimension fonctionnelle pour la gestion des archives, il s'agit d'un projet stratégique qui doit avoir un impact social et environnemental positif sur la région. Nous travaillons ainsi en concertation avec les élus locaux tant sur les aspects économiques, la création d'emplois au niveau de la région et du village, que sur les aspects architecturaux. Le bâtiment doit complètement s'intégrer dans le paysage et aussi répondre aux normes de qualité environnementale, qui sont désormais une exigence incontournable de la stratégie immobilière d'EDF.

Quel est le calendrier du projet ?
GA : La définition des besoins a démarré fin 2006. Le programme de construction réalisé par Mobilitis a servi de cahier des charges pour le lancement d'un concours auquel ont répondu une soixantaine de candidats. Mobilitis nous a également assistés pour la sélection des cinq cabinets d'architecture retenus à l'issue de la première phase. Le jury s'est prononcé début janvier. Les études de terrain sont en cours et la phase APS démarre en mars 2008. Un appel d'offre européen sera émis pour la construction, mais avec une demande d'impact local en terme d'emploi. Le chantier devrait s'achever au cours du 2ème semestre 2010.

Comment a été retenu le lauréat du concours ?
GA : Nous avons eu une palette de projets originaux, mais un seul a fait l'unanimité du jury, composé notamment du responsable immobilier de la Direction Production et Ingénierie, du directeur immobilier d'EDF, du directeur de l'accompagnement économique de Bure, du maire de Bure, ainsi que d'architectes de la Meuse et de la Haute Marne. Ce jury témoignait de notre volonté d'impliquer tout le monde. Nous avons choisi un concept avant de choisir un bâtiment. L'un des éléments déterminants a été l'intégration dans le paysage avec une réflexion englobant le bâti, la parcelle et les espaces environnants.

Que diriez-vous de la collaboration avec Mobilitis ?
GA : Nous avons retenu Mobilitis dans le cadre de l'appel d'offre lancé pour le choix de l'Assistant à Maîtrise d'Ouvrage. Nous avons été convaincu par les compétences de l'équipe présentée. Par la suite, nous avons apprécié la disponibilité de Mobilitis, son fonctionnement en mode projet qui a permis de travailler dans l'esprit d'un partenariat. Il y a eu une vraie symbiose entre les différents acteurs et une réelle adhésion au projet. Celui-ci comporte des enjeux stratégiques, avec des contraintes fortes et des échéances. La compréhension et le partage de ces enjeux sont essentiels à une bonne collaboration.


Interview de Umberto Napolitano, LAN Architecture, lauréat du concours

Comment avez-vous abordé le projet des Archives de Bures ?
UN : Nous sommes partis d'une approche globale incluant à la fois les enjeux socioculturels, environnementaux, économiques, ainsi que le paysage et l'architecture. Il fallait en un seul geste répondre aux diverses exigences exprimées à la fois par EDF et par nous-mêmes après une analyse précise du lieu et du programme. Les principes de notre démarche sont de compacter et de minimiser les impacts. Nous avons ainsi orienté nos recherches vers une construction de 5 niveaux occupant une surface au sol d'environ 1400 m² avec une hauteur de 17,5 m, et une superficie totale d'environ 7000 m². Cette approche nous nous permet de réaliser :
1) des économies importantes sur l'enveloppe du bâtiment,
2) une meilleure fonctionnalité traduisible par un nombre moindre de kilomètres parcourus par année,
3) un impact paysager négligeable (le point de vue étant très éloigné de la construction),
4) la possibilité d'utiliser le terrain vidé au maximum de l'emprise de la construction afin de gérer la récupération et le traitement des eaux sur site,
5) un bâtiment extrêmement performant en terme énergétique et environnemental,
6) la création d'un symbole représentatif d'une démarche inscrite dans le programme d'accompagnement économique de Meuse et de la Haute Marne.


Quelle a été votre méthode pour intégrer le bâtiment dans le paysage ?

UN : L'intégration dans ce paysage est une partition qui se joue à deux mains :
- d'une part, l'agriculture : le respect de la nature productive du territoire, de sa vocation agricole, du caractère utilitaire des surfaces,
- d'autre part, la géographie du lieu, ses logiques d'implantations, son équilibre entre surfaces extensives de culture et réserves boisées, ses directions, ses pentes.

Un bâtiment d'archive se doit d'être un édifice à forte inertie donc « lourd ». La gestion rapide et aisée du site et l'efficacité optimum de stockage nous ont conduits à un plan simple et rationnel, dans une logique de projet qui se rapproche à la fois du bunker et du processus industriel. Mais comment rendre léger un objet massif ? Comment ne pas rompre avec la continuité du paysage naturel ?
Pour renvoyer l'image d'un bâtiment léger, en mouvement et en rapport étroit avec le paysage environnant, avec ses champs et ses merlons boisés, nous avons proposé de superposer des plaques d'acier chromé découpées numériquement avec le bardage en béton couleur terre. Ainsi, l'enveloppe du bâtiment perd ses limites, réfléchit les couleurs environnantes, le changement des saisons. L'implantation et l'orientation du bâtiment s'appuient par ailleurs sur les sillons et les reliefs du terrain. Nous avons prévu une extension qui n'occasionnera aucune gêne pour l'ensemble du site.

 

 

 

 

 

 

Comment avez-vous répondu aux objectifs de respect environnemental ?
UN : Il fallait prendre en compte l'ambition environnementale de la maîtrise d'ouvrage, tout en répondant aux besoins spécifiques de conservation des documents techniques avec une température intérieure basse, un taux d'hygrométrie de 30 à 45% et un taux d'éclairement minimal. Nous nous sommes également fixé un niveau 0 en consommation d'énergie.

Une telle démarche nécessite une stratégie passive très en amont de la conception, passant par la morphologie du bâtiment, son implantation, son orientation, sa matérialité et l'installation de systèmes permettant de limiter les besoins énergétiques.
Nous avons fait le choix d'un volume compact pour limiter au maximum les déperditions thermiques. Des brises-soleil protègent des rayonnements la façade vitrée les bureaux à l'ouest.

L'enveloppe du bâtiment favorise une inertie optimale et limite les besoins de rafraîchissement, grâce aux matériaux utilisés et à la technique d'accroche du parement béton. Les fenêtres seront équipées de stores d'occultation et des triples vitrages à faible émissivité seront utilisés. Le microenvironnement intérieur ainsi créé maintient la température entre 15° et 17°, quelles que soient les variations extérieures.

Pour la ventilation, le choix s'est porté sur un système double flux avec récupération de chaleur, ce qui permet de limiter la consommation d'énergie due au chauffage, mais aussi de garantir une bonne qualité hygiénique de l'air. Des luminaires à basse tension permettront une économie importante des apports internes. Les magasins seront également équipés de détecteurs de présence.

L'énergie totale consommée par le bâtiment s'élève environ à 112 000 kWh / an. Afin de compenser ces dépenses, des panneaux photovoltaïques seront installés en toiture sur une surface de 1100 m². Cela représente une production de 116 000 kWh/an. Le bâtiment sera donc bien 0 énergie.

La gestion de l'eau n'est pas oubliée non plus. Le site, isolé, n'est pas raccordé au réseau d'assainissement et traitement des eaux usées, eaux de ruissellement sur les parkings polluées aux hydrocarbures ou eaux issues de la consommation quotidienne.
La configuration du terrain et l'implantation du bâtiment permettent de mettre un place un système naturel d'épuration par lagunage à macrophytes. Cela consiste à établir un écoulement lent par gravité des eaux usées dans plusieurs bassins de rétention peu profonds, contenant un substrat perméable, comme des graviers, et dans lesquels sont plantés des végétaux adaptés qui agiront par phyto-épuration : lentilles d'eau, joncs, massettes, roseaux, iris, aulnes, saules, élodées, cératophylles
Outre son aspect écologique, cette technique présente l'avantage de créer différents espaces végétaux pouvant être aménagés pour l'agrément.
Les eaux de pluie propres récupérées en toiture seront stockées dans une cuve et réutilisées pour les sanitaires ou l'arrosage.