
Interview d'Emmanuelle Lenfant, architecte chef du secteur sud au Département Construction et Travaux du Service des Affaires Immobilières de la Préfecture de Police de Paris - Septembre 2009
« La qualité du service rendu au public passe aussi par la qualité de l'environnement pour les fonctionnaires de Police. »
Pouvez-vous nous rappeler ce que représente le patrimoine immobilier de la Préfecture de Police de Paris ?
EL : Il représente environ 500 sites à Paris et en petite couronne, commissariats centraux d'arrondissement, hôtels de police, antennes pour la délivrance des titres, caserne des pompiers, sites logistiques ou de police scientifique. Il s'agit d'un patrimoine très diversifié, avec des locaux opérationnels, des bureaux, des entrepôts, des garages, et des logements pour les sapeurs-pompiers. Le Service des Affaires Immobilières, auquel sont rattachées 750 personnes, est organisé notamment en deux départements. Le DEB - Département de l'Exploitation des Bâtiments - assure les services de maintenance. Le DCT - Département Construction et Travaux - une équipe d'une cinquantaine de personnes, a en charge toutes les missions de construction, rénovation, aménagement.
Dans quel contexte avez-vous lancé le projet de restructuration de l'Hôtel de Police du 13ème arrondissement ?
EL : Il s'agit d'un immeuble indépendant de 8 200 m² construit dans les années 70, propriété de l'Etat. Cet immeuble ne répond plus aux diverses normes en vigueur et n'est plus adapté en termes fonctionnels pour les 800 personnes qui y travaillent. On note la présence généralisée d'amiante non friable et des principes d'isolation de façade obsolètes. La sécurité incendie est à améliorer, et les fluides sont à revoir intégralement. Les nouvelles règlementations sur l'accès des Personnes à Mobilité Réduite doivent également être mises en œuvre. Afin de permettre aux policiers de remplir dans de bonnes conditions leurs missions de service public, des travaux d'envergure s'imposent.
Quelles sont les difficultés et contraintes de ce projet ?
EL : C'est un projet très complexe, tout d'abord par la nature des travaux. Cette restructuration lourde devra être réalisée en site occupé. En effet, l'Hôtel de Police ne peut être relocalisé dans un autre arrondissement. Pour des questions à la fois de coûts et de contraintes de fonctionnement, il n'est pas envisageable non plus de louer des locaux dans le périmètre pendant l'opération.
Par ailleurs, l'Hôtel de Police génère des flux importants, des fonctionnaires de police externes, mais surtout, du public, pour les services de passeport ou de cartes d'identité. Il accueille des plaignants et des victimes, et prend en charge des prévenus. Se pose également une question cruciale de stationnement des véhicules. Ceux-ci, voitures de police sérigraphiées, camionnettes, voitures banalisées, doivent être garés à proximité. La logistique générale de l'opération devra donc être complètement maîtrisée.
De plus, les prescriptions techniques sont très nombreuses. Outre la réglementation de la construction, nous devons prendre en compte les référentiels établis par le Ministère de l'Intérieur pour l'aménagement des locaux d'armurerie ou des zones de garde à vue. En ce qui concerne ce point, par exemple, des matériaux spécifiques sont utilisés et toutes les interventions de maintenance doivent être possibles sans pénétrer dans les cellules.
Enfin, nous souhaitons intégrer à l'opération des cibles en matière de développement durable, avec une approche très pragmatique. Ces cibles portent sur deux axes principaux, l'amélioration des conditions de travail pour les fonctionnaires de Police et la maîtrise de l'énergie. L'isolation, le choix du système de ventilation, le traitement de l'impact du rayonnement solaire, devraient nous permettre de diminuer la consommation énergétique, et donc les coûts de fonctionnement.
Au-delà des impératifs règlementaires, quels sont les objectifs poursuivis par le projet ?
EL : L'Hôtel de Police du 13ème arrondissement est un beau bâtiment, constituant un îlot urbain indépendant, avec une forte personnalité architecturale. Nous souhaitons en faire un immeuble emblématique, conforme à un service public performant. La qualité du service rendu au public passe aussi par la qualité de l'environnement pour les fonctionnaires de Police. Nous devons améliorer les conditions de travail pour améliorer les conditions d'accueil, donner de bons moyens aux policiers comme au public.
Si nous apportons la plus grande vigilance à l'aspect financier, la qualité est notre objectif principal dans la réalisation des travaux, les principes d'aménagement comme le choix des matériaux. C'est aussi un gage de pérennité.
Pourquoi avez-vous retenu Mobilitis pour vous accompagner dans ce projet ?
EL : Dans sa réponse à notre appel d'offre, Mobilitis a obtenu les meilleures notes sur les principaux critères de sélection, le prix, les délais et la note méthodologique. Celle-ci présentait une description des phasages très détaillée. Nous avons été également convaincus par l'équipe présentée et les références. Depuis le début de notre collaboration, les intervenants de Mobilitis font preuve d'une très bonne compréhension de la contrainte, et d'une grande adaptabilité avec une capacité à intégrer des modifications en cours de mission.
Quelles sont les prochaines échéances du projet ?
EL : La mission confiée à Mobilitis, d'une durée de dix semaines environ, comporte trois phases, le diagnostic de l'existant et l'organisation fonctionnelle des services, l'élaboration du programme général avec le phasage des travaux et les scénarios pour le relogement provisoire et enfin le programme technique détaillé. Cette dernière phase sera achevée à la fin de l'été. Nous lancerons ensuite toutes les procédures administratives, dossier de financement, appels d'offre pour le concours de maîtrise d'œuvre, permis de construire. Le démarrage des travaux pourrait être planifié courant 2012.
Pendant la durée du chantier, nous avons prévu d'installer des bungalows sur le parvis de l'Hôtel de Police pour les services accueillant le public, afin de garantir la sécurité des visiteurs.
Avec les espaces libérés dans le bâtiment, nous pourrons créer des zones tampons où s'installeront provisoirement les autres services. L'opération devrait durer environ deux ans.